Suites et récurrence Cours

Suites et récurrence

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45 minutes
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Objectifs du chapitre

I - Démonstration par récurrence

Principe de récurrence

Soit $P(n)$ une proposition qui dépend d'un entier naturel $n$.

  • Si $P(n_{0})$ est vraie (initialisation)
  • Et si $P(n)$ vraie entraîne $P(n+1)$ vraie (hérédité)

alors la propriété $P(n)$ est vraie pour tout entier $n \geqslant n_{0}$.

Rédiger une démonstration par récurrence

La démonstration par récurrence s'apparente au « principe des dominos » : si le premier domino tombe et si chaque domino fait tomber le suivant, alors tous les dominos tombent.

Pour prouver qu'une propriété $P(n)$ est vraie pour tout $n \geqslant n_{0}$, on procède en trois étapes :

  • Initialisation : vérifier que $P(n_{0})$ est vraie. Cette étape est souvent facile, mais il ne faut pas l'oublier.
  • Hérédité : supposer que $P(n)$ est vraie pour un certain entier $n \geqslant n_{0}$ (c'est l'hypothèse de récurrence), puis démontrer que $P(n+1)$ est alors vraie. Il est conseillé d'écrire explicitement ce que signifie $P(n+1)$ en remplaçant $n$ par $n+1$ dans la propriété.
  • Conclusion : d'après le principe de récurrence, $P(n)$ est vraie pour tout $n \geqslant n_{0}$.

Exemple

Montrons que pour tout entier $n \geqslant 1$ :

$1+2+\dots+n = \dfrac{n(n+1)}{2}$

Initialisation ($n=1$)
La proposition devient $1 = \dfrac{1 \times 2}{2} = 1$, ce qui est vrai.

Hérédité
On suppose que pour un certain entier $n \geqslant 1$ :

$1+2+\dots+n = \dfrac{n(n+1)}{2}$ (hypothèse de récurrence)

Montrons alors que $1+2+\dots+(n+1) = \dfrac{(n+1)(n+2)}{2}$.

On isole le dernier terme et on applique l'hypothèse de récurrence :
$1+2+\dots+(n+1) = \big(1+2+\dots+n\big) + (n+1)$
$= \dfrac{n(n+1)}{2} + (n+1)$
$= \dfrac{n(n+1) + 2(n+1)}{2}$
$= \dfrac{(n+1)(n+2)}{2}$

ce qui est la propriété au rang $n+1$.

Conclusion
D'après le principe de récurrence, pour tout entier $n \geqslant 1$ :

$1+2+\dots+n = \dfrac{n(n+1)}{2}$

II - Sens de variation - Suites majorées, minorées

Sens de variation (rappel)

Soit $(u_{n})$ une suite numérique.

  • $(u_{n})$ est croissante si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n+1} \geqslant u_{n}$.
  • $(u_{n})$ est strictement croissante si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n+1} > u_{n}$.
  • $(u_{n})$ est décroissante si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n+1} \leqslant u_{n}$.
  • $(u_{n})$ est strictement décroissante si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n+1} < u_{n}$.
  • $(u_{n})$ est constante si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n+1} = u_{n}$.

Suites majorées, minorées, bornées

  • La suite $(u_{n})$ est majorée par le réel $M$ si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n} \leqslant M$. On dit que $M$ est un majorant de $(u_{n})$.
  • La suite $(u_{n})$ est minorée par le réel $m$ si pour tout entier naturel $n$ : $u_{n} \geqslant m$. On dit que $m$ est un minorant de $(u_{n})$.
  • La suite $(u_{n})$ est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.

Remarque

Si la suite $(u_{n})$ est majorée (resp. minorée), les majorants (resp. minorants) ne sont pas uniques. Si $M$ est un majorant de $(u_{n})$, tout réel supérieur à $M$ est aussi un majorant.

Exemple

Soit la suite $(u_{n})$ définie par :

$\begin{cases} u_{0} = 1 \\ u_{n+1} = u_{n}^{2} + 1 \end{cases}$ pour tout $n \in \mathbb{N}$

On montre par récurrence que pour tout $n \in \mathbb{N}$, $u_{n} \geqslant 1$, donc la suite $(u_{n})$ est minorée par $1$.

En revanche, cette suite n'est pas majorée : on peut démontrer par récurrence que pour tout $n \in \mathbb{N}$, $u_{n} > n$.

III - Limites d'une suite

Limite finie (suite convergente)

On dit que la suite $(u_{n})$ converge vers le réel $l$ (ou admet pour limite $l$) si tout intervalle ouvert contenant $l$ contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.

On note alors :

$\lim\limits_{n \to +\infty} u_{n} = l$

Graphiquement, cela signifie que tous les points $(n,\,u_{n})$ finissent par se concentrer dans une bande horizontale aussi étroite qu'on veut autour de $\ell$ : pour tout $\varepsilon > 0$, il existe un rang $n_{0}$ à partir duquel tous les termes sont dans $\left]\ell-\varepsilon\,;\,\ell+\varepsilon\right[$.

Suite (u_n) convergente vers l = 2 : à partir d'un certain rang n_0, tous les termes appartiennent à l'intervalle ouvert ]l-epsilon ; l+epsilon[

Exemple

Les suites définies pour $n \geqslant 1$ par $u_{n} = \dfrac{1}{n^{k}}$ où $k$ est un entier strictement positif convergent vers $0$.

Limite infinie

On dit que la suite $(u_{n})$ admet pour limite $+\infty$ si tout intervalle de la forme $\left]A\,;\,+\infty\right[$ contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.

On note : $\lim\limits_{n \to +\infty} u_{n} = +\infty$.

On définit de façon analogue $\lim\limits_{n \to +\infty} u_{n} = -\infty$.

Exemple

Les suites définies pour $n \geqslant 1$ par $u_{n} = n^{k}$ où $k$ est un entier strictement positif divergent vers $+\infty$.

Remarque

  • Une suite qui n'est pas convergente (c'est-à-dire qui n'a pas de limite finie) est dite divergente. Une suite divergente peut avoir une limite infinie, ou n'avoir aucune limite (par exemple $u_{n} = (-1)^{n}$).
  • Lorsqu'elle existe, la limite d'une suite est unique.

Limites usuelles

  • $\lim\limits_{n \to +\infty} n = +\infty$, $\lim\limits_{n \to +\infty} n^{2} = +\infty$, et plus généralement $\lim\limits_{n \to +\infty} n^{k} = +\infty$ pour tout entier $k \geqslant 1$.
  • $\lim\limits_{n \to +\infty} \sqrt{n} = +\infty$.
  • $\lim\limits_{n \to +\infty} \dfrac{1}{n} = 0$, $\lim\limits_{n \to +\infty} \dfrac{1}{n^{k}} = 0$ pour tout entier $k \geqslant 1$, et $\lim\limits_{n \to +\infty} \dfrac{1}{\sqrt{n}} = 0$.

IV - Opérations sur les limites

Somme, produit, quotient de limites

Soient $(u_{n})$ et $(v_{n})$ deux suites et $l$, $l'$ deux réels. Les tableaux ci-dessous donnent les limites de $u_{n} + v_{n}$, $u_{n} \times v_{n}$ et $\dfrac{u_{n}}{v_{n}}$ selon les limites de $(u_{n})$ et $(v_{n})$.

Somme $u_{n} + v_{n}$ :

  • $l + l' = l + l'$
  • $l + (\pm\infty) = \pm\infty$
  • $(+\infty) + (+\infty) = +\infty$
  • $(-\infty) + (-\infty) = -\infty$
  • $(+\infty) + (-\infty)$ : forme indéterminée

Produit $u_{n} \times v_{n}$ :

  • $l \times l' = l \times l'$
  • $l \times (\pm\infty) = \pm\infty$ selon le signe de $l$ (si $l \neq 0$)
  • $(+\infty) \times (+\infty) = +\infty$, $(+\infty) \times (-\infty) = -\infty$
  • $0 \times (\pm\infty)$ : forme indéterminée

Quotient $\dfrac{u_{n}}{v_{n}}$ (avec $v_{n} \neq 0$) :

  • $\dfrac{l}{l'} = \dfrac{l}{l'}$ si $l' \neq 0$
  • $\dfrac{l}{\pm\infty} = 0$
  • $\dfrac{\pm\infty}{l'} = \pm\infty$ selon les signes (si $l' \neq 0$)
  • $\dfrac{l}{0}$ : limite infinie selon le signe de $v_{n}$ au voisinage de $0$
  • $\dfrac{0}{0}$ et $\dfrac{\pm\infty}{\pm\infty}$ : formes indéterminées

Formes indéterminées

Il existe quatre formes indéterminées : $(+\infty) - (+\infty)$, $0 \times \infty$, $\dfrac{0}{0}$ et $\dfrac{\infty}{\infty}$. Dans ces cas, la limite dépend des suites considérées : il faut transformer l'expression (factoriser, simplifier, mettre au même dénominateur) pour lever l'indétermination.

Exemple

Calculons $\lim\limits_{n \to +\infty} \left( n^{2} - 3n \right)$.

On est face à une forme indéterminée $(+\infty) - (+\infty)$. On factorise par $n^{2}$ :
$n^{2} - 3n = n^{2}\left(1 - \dfrac{3}{n}\right)$

Or $\lim\limits_{n \to +\infty} n^{2} = +\infty$ et $\lim\limits_{n \to +\infty} \left(1 - \dfrac{3}{n}\right) = 1$, donc par produit :

$\lim\limits_{n \to +\infty} \left( n^{2} - 3n \right) = +\infty$

V - Théorèmes de comparaison

Théorème des gendarmes

Si les suites $(v_{n})$ et $(w_{n})$ convergent vers la même limite $l$ et si, à partir d'un certain rang, $v_{n} \leqslant u_{n} \leqslant w_{n}$, alors la suite $(u_{n})$ converge vers $l$.

L'image est celle d'un suspect (la suite $u_{n}$) « pris en sandwich » entre deux gendarmes ($v_{n}$ et $w_{n}$) qui se rapprochent inéluctablement de la même limite $\ell$ : le suspect est forcé d'aller au même endroit.

Théorème des gendarmes : la suite (u_n) en rouge est encadrée par (v_n) en bleu et (w_n) en vert qui convergent toutes deux vers l = 2

Exemple

Soit la suite définie pour $n \geqslant 1$ par $u_{n} = \dfrac{\sin(n)}{n}$.

Pour tout $n \geqslant 1$, $-1 \leqslant \sin(n) \leqslant 1$, donc :

$-\dfrac{1}{n} \leqslant \dfrac{\sin(n)}{n} \leqslant \dfrac{1}{n}$

Or $\lim\limits_{n \to +\infty} \left(-\dfrac{1}{n}\right) = 0$ et $\lim\limits_{n \to +\infty} \dfrac{1}{n} = 0$, donc d'après le théorème des gendarmes :

$\mathbf{\lim\limits_{n \to +\infty} \dfrac{\sin(n)}{n} = 0}$

Théorèmes de comparaison

Soient $(u_{n})$ et $(v_{n})$ deux suites telles que, à partir d'un certain rang, $u_{n} \geqslant v_{n}$.

  • Si $\lim\limits_{n \to +\infty} v_{n} = +\infty$, alors $\lim\limits_{n \to +\infty} u_{n} = +\infty$.
  • Si $\lim\limits_{n \to +\infty} u_{n} = -\infty$, alors $\lim\limits_{n \to +\infty} v_{n} = -\infty$.

VI - Théorème de convergence monotone

Théorème de convergence monotone

  • Toute suite croissante et majorée est convergente.
  • Toute suite décroissante et minorée est convergente.

Remarque

  • Ce théorème est très utilisé dans les exercices pour prouver qu'une suite a une limite.
  • Il affirme l'existence de la limite mais ne permet pas, à lui seul, d'en déterminer la valeur.
  • Une suite croissante et non majorée tend vers $+\infty$. De même, une suite décroissante et non minorée tend vers $-\infty$.

Exemple

Une suite décroissante et positive est convergente. En effet, elle est minorée par $0$, donc d'après le théorème de convergence monotone, elle converge.

VII - Suites géométriques : limite et somme

Limite d'une suite géométrique

Soit $q$ un réel et $(u_{n})$ la suite définie par $u_{n} = q^{n}$.

  • Si $-1 < q < 1$, alors $\lim\limits_{n \to +\infty} q^{n} = 0$.
  • Si $q > 1$, alors $\lim\limits_{n \to +\infty} q^{n} = +\infty$.
  • Si $q \leqslant -1$, la suite $(q^{n})$ n'a pas de limite.
  • Si $q = 1$, la suite est constante égale à $1$.

Le graphique ci-dessous illustre les trois comportements possibles selon la valeur de $q$.

Comportement de la suite (q^n) selon q : convergence vers 0 si |q|<1, divergence vers +infini si q>1, oscillation amortie si -1<q<0

Exemple

$\lim\limits_{n \to +\infty} \left(\dfrac{2}{3}\right)^{n} = 0$ car $\dfrac{2}{3} \in \left]-1\,;\,1\right[$.

$\lim\limits_{n \to +\infty} \left(\dfrac{4}{3}\right)^{n} = +\infty$ car $\dfrac{4}{3} > 1$.

Somme des termes d'une suite géométrique

Soit $q$ un réel différent de $1$. Pour tout entier naturel $n$ :

$1 + q + q^{2} + \dots + q^{n} = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q}$

Plus généralement, si $(u_{n})$ est géométrique de premier terme $u_{0}$ et de raison $q \neq 1$ :

$u_{0} + u_{1} + \dots + u_{n} = u_{0} \times \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q}$

Exemple

Calculons $S = 1 + \dfrac{1}{2} + \dfrac{1}{4} + \dots + \dfrac{1}{2^{10}}$.

Il s'agit de la somme des $11$ premiers termes de la suite géométrique de raison $q = \dfrac{1}{2}$. Donc :

$S = \dfrac{1 - \left(\dfrac{1}{2}\right)^{11}}{1 - \dfrac{1}{2}} = 2 \times \left(1 - \dfrac{1}{2048}\right) = \dfrac{2047}{1024}$

Remarque

Si $-1 < q < 1$, alors $\lim\limits_{n \to +\infty} q^{n+1} = 0$ et la somme $1 + q + q^{2} + \dots + q^{n}$ admet une limite finie :

$\lim\limits_{n \to +\infty} \left(1 + q + q^{2} + \dots + q^{n}\right) = \dfrac{1}{1 - q}$

Les questions essentielles

1. Comment rédiger une démonstration par récurrence ?

On procède en trois étapes : initialisation (vérifier la propriété au rang $n_{0}$), hérédité (supposer $P(n)$ et prouver $P(n+1)$), puis conclusion. L'hypothèse de récurrence doit être clairement identifiée et utilisée.

Voir la fiche méthode : Rédiger une démonstration par récurrence

2. Comment savoir si une suite est croissante ou décroissante ?

Trois approches : étudier le signe de $u_{n+1} - u_{n}$, calculer le quotient $\dfrac{u_{n+1}}{u_{n}}$ (si termes positifs), ou étudier les variations de la fonction $f$ telle que $u_{n} = f(n)$.

Voir la fiche méthode : Étudier le sens de variation d'une suite

3. Comment calculer la limite d'une suite quand on tombe sur une forme indéterminée ?

On factorise le terme de plus haut degré au numérateur et au dénominateur. Les termes en $\dfrac{1}{n}$, $\dfrac{1}{n^{2}}$, etc. tendent vers $0$, ce qui lève l'indétermination.

Voir la fiche méthode : Calculer la limite d'une suite

4. Comment utiliser le théorème des gendarmes ?

On encadre $u_{n}$ entre deux suites $v_{n}$ et $w_{n}$ qui convergent vers la même limite $l$. D'après le théorème, $u_{n}$ converge aussi vers $l$. L'encadrement provient souvent d'inégalités classiques ($|\sin| \leqslant 1$, $|\cos| \leqslant 1$).

Voir la fiche méthode : Appliquer le théorème des gendarmes

5. Comment prouver qu'une suite converge et trouver sa limite ?

On montre que la suite est monotone (croissante ou décroissante) et bornée (majorée ou minorée), puis on applique le théorème de convergence monotone. Pour trouver la valeur de la limite $l$, on résout l'équation $l = f(l)$.

Voir la fiche méthode : Démontrer la convergence d'une suite et trouver sa limite