Nombres complexes et algèbre
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- Mettre un nombre complexe sous forme algébrique
- Calculer et utiliser le conjugué d'un nombre complexe
- Résoudre une équation du second degré dans ℂ
- Calculer le module et un argument d'un nombre complexe
- Passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique ou exponentielle
- Effectuer des calculs avec la forme exponentielle
- Linéariser une expression trigonométrique avec les formules d'Euler
1. Ensemble des nombres complexes
Théorème et Définition
On admet qu'il existe un ensemble de nombres (appelés nombres complexes), noté $ \mathbb{C} $ tel que:
- $ \mathbb{C} $ contient $ \mathbb{R} $
- $ \mathbb{C} $ est muni d'une addition et d'une multiplication qui suivent des règles de calcul analogues à celles de $ \mathbb{R} $
- $ \mathbb{C} $ contient un nombre noté $ i $ tel que $ i^{2}= - 1 $
- Chaque élément $ z $ de $ \mathbb{C} $ s'écrit de manière unique sous la forme $ z=a+ib $ où $ a $ et $ b $ sont deux réels.
Exemple
$ \sqrt{5}+\dfrac{1}{2}i $ , $ 3i $ et $ \sqrt{2} $ sont des nombres complexes ($ \sqrt{2} $ est un nombre réel mais comme $ \mathbb{R}\subset\mathbb{C} $ c'est aussi un nombre complexe !)
Remarque
Attention : On définit une addition et une multiplication sur $ \mathbb{C} $ mais on ne définit pas de relation d'ordre (comme $ \leqslant $). En effet il n'est pas possible de définir une telle relation qui soit compatible avec celle définie sur $ \mathbb{R} $ et possède les mêmes propriétés que dans $ \mathbb{R} $.
Dans les exercices, attention donc à ne pas écrire de choses comme $ z < z^{\prime} $, si $ z $ et $ z^{\prime} $ sont des nombres complexes non réels !
Définition
- L'écriture $ z = a+ib $ est appelée la forme algébrique du nombre complexe $ z $.
- Le nombre réel $ a $ s'appelle la partie réelle du nombre complexe $ z $.
- Le nombre réel $ b $ s'appelle la partie imaginaire du nombre complexe $ z $.
- Si la partie réelle de $ z $ est nulle (c'est à dire $ a=0 $ et $ z=bi $), on dit que $ z $ est un imaginaire pur .
Propriété
Deux nombres complexes sont égaux si et seulement si ils ont la même partie réelle et la même partie imaginaire.
Remarque
- Cela résulte immédiatement du fait que chaque élément de $ \mathbb{C} $ s'écrit de manière unique sous la forme $ z=a+ib $.
- En particulier, un nombre complexe est nul si et seulement si ses parties réelles et imaginaires sont nulles.
Formule du binôme dans ℂ
Pour tous nombres complexes $ z $ et $ z^{\prime} $ et tout entier naturel $ n $ :
où $ \binom{n}{k} = \dfrac{n!}{k!\,(n-k)!} $ est le coefficient binomial « $ k $ parmi $ n $ ».
Démonstration
La formule du binôme est déjà connue dans $ \mathbb{R} $. Sa démonstration (par récurrence sur $ n $, à l'aide de la relation de Pascal $ \binom{n}{k}+\binom{n}{k+1}=\binom{n+1}{k+1} $) n'utilise que l'addition et la multiplication, ainsi que le fait que ces deux opérations sont associatives, distributives et commutatives.
Or la multiplication dans $ \mathbb{C} $ suit exactement les mêmes règles de calcul que dans $ \mathbb{R} $ : en particulier elle est commutative ($ z\times z^{\prime} = z^{\prime}\times z $). C'est ce qui autorise à factoriser les termes $ z^{k} {z^{\prime}}^{\,n-k} $ comme dans le cas réel.
La même démonstration s'applique donc mot pour mot avec des nombres complexes, et la formule reste valable dans $ \mathbb{C} $.
Exemple
Développons $ \left(1+i\right)^{4} $ en appliquant la formule du binôme avec $ z=1 $, $ z^{\prime}=i $ et $ n=4 $. Les coefficients binomiaux sont $ \binom{4}{0}=1 $, $ \binom{4}{1}=4 $, $ \binom{4}{2}=6 $, $ \binom{4}{3}=4 $ et $ \binom{4}{4}=1 $ :
$ \left(1+i\right)^{4} = 1 + 4\,i + 6\,i^{2} + 4\,i^{3} + i^{4} $
On remplace alors $ i^{2}=-1 $, $ i^{3}=-i $ et $ i^{4}=1 $ :
$ \left(1+i\right)^{4} = 1 + 4i - 6 - 4i + 1 $
En regroupant les parties réelles et imaginaires :
$ \left(1+i\right)^{4} = \left(1 - 6 + 1\right) + \left(4 - 4\right)i $ = $\mathbf{-4}$.
2. Conjugué
Définition
Soit $ z $ le nombre complexe $ z=a+ib $.On appelle conjugué de $ z $, le nombre complexe
Exemple
Soit $ z=3+4i $
Le conjugué de $ z $ est $ \overline{z}=3 - 4i $.
Propriétés des conjugués
Pour tous nombres complexes $ z $ et $ z^{\prime} $ et tout entier naturel $ n $ :
- $ \overline{z+z^{\prime}} = \overline{z}+\overline{z^{\prime}} $
- $ \overline{zz^{\prime}} = \overline{z}\times \overline{z^{\prime}} $
- $ \overline{\left(\dfrac{z}{z^{\prime}}\right)} = \dfrac{\overline{z}}{\overline{z^{\prime}}} $ pour $ z^{\prime}\neq 0 $
- $ \overline{\left(z^{n}\right)} = \left(\overline{z}\right)^{n} $.
Remarque
- Par contre, en général, $ |z+z^{\prime}| $ n'est pas égal à $ |z|+|z^{\prime}| $. On peut juste montrer que $ |z+z^{\prime}| \leqslant |z|+|z^{\prime}| $ (inégalité triangulaire) ;
- ROC : La démonstration de certaines de ces propriétés a été demandée au Bac 2014.
Inverse d'un nombre complexe non nul
Soit $ z $ un nombre complexe non nul. Son inverse s'écrit :
Démonstration
Comme $ z\neq 0 $, on a $ z\overline{z}=|z|^{2}\neq 0 $. En multipliant le numérateur et le dénominateur de $ \dfrac{1}{z} $ par $ \overline{z} $ :
$ \dfrac{1}{z}=\dfrac{\overline{z}}{z\,\overline{z}}=\dfrac{\overline{z}}{|z|^{2}} $
Le dénominateur $ |z|^{2}=a^{2}+b^{2} $ étant un réel, on obtient directement la forme algébrique de l'inverse. C'est la même technique que pour mettre un quotient sous forme algébrique : multiplier par le conjugué du dénominateur.
Exemple
Soit $ z=3+4i $. Alors $ |z|^{2}=3^{2}+4^{2}=25 $ et $ \overline{z}=3-4i $, donc :
$ \dfrac{1}{z}=\dfrac{3-4i}{25}=\dfrac{3}{25}-\dfrac{4}{25}i $
3. Équation du second degré à coefficients réels
Équation linéaire az = b
Soient $ a $ et $ b $ deux nombres complexes avec $ a\neq 0 $. L'équation $ az=b $ admet une unique solution dans $ \mathbb{C} $ :
On obtient la forme algébrique de $ z $ en multipliant le numérateur et le dénominateur par $ \overline{a} $.
Propriété
Soient $ a $, $ b $, $ c $ trois réels avec $ a\neq 0 $.
Dans $ \mathbb{C} $, l'équation $ az^{2}+bz+c=0 $ admet toujours au moins une solution.
Plus précisément, si on note $ \Delta $ son discriminant ($ \Delta =b^{2} - 4ac $) :
- Si $ \Delta > 0 $, l'équation possède deux solutions réelles :
$ z_{1}=\dfrac{ - b - \sqrt{\Delta }}{2a} $ et $ z_{2}=\dfrac{ - b+\sqrt{\Delta }}{2a} $ - Si $ \Delta = 0 $, l'équation possède une solution réelle :
$ z=\dfrac{ - b}{2a} $ - Si $ \Delta < 0 $, l'équation possède deux solutions complexes conjuguées l'une de l'autre :
$ z_{1}=\dfrac{ - b - i\sqrt{ - \Delta }}{2a} $ et $ z_{2}=\dfrac{ - b+i\sqrt{ - \Delta }}{2a} $.
Exemple
Soit à résoudre l'équation $ z^{2}+2z+2=0 $ dans $ \mathbb{C} $
$ \Delta =4 - 8= - 4 $
$ \Delta < 0 $ donc l'équation admet 2 racines complexes conjuguées :
$ z_{1}=\dfrac{ - 2 - i\sqrt{4}}{2}= - 1 - i $ et $ z_{2}=\dfrac{ - 2+i\sqrt{4}}{2}= - 1+i $.
Somme et produit des racines (relations de Viète)
Lorsque l'équation $ az^{2}+bz+c=0 $ (avec $ a\neq 0 $) admet deux racines $ z_{1} $ et $ z_{2} $ dans $ \mathbb{C} $ (distinctes ou confondues), leur somme et leur produit valent :
Remarque
Ces relations résultent de la factorisation $ az^{2}+bz+c=a\left(z-z_{1}\right)\left(z-z_{2}\right) $ : en développant et en identifiant les coefficients, on retrouve $ b=-a\left(z_{1}+z_{2}\right) $ et $ c=a\,z_{1}z_{2} $.
Elles sont utiles pour vérifier des racines trouvées, ou pour déterminer la seconde racine quand on en connaît déjà une.
4. Représentation géométrique
Le plan $ \left(P\right) $ est muni d'un repère orthonormé $ \left(O; \vec{u}, \vec{v}\right) $
Définition
A tout nombre complexe $ z=a+ib $, on associe le point $ M $ de coordonnées $ \left(a ; b\right) $
On dit que $ M $ est l'image de $ z $ et que $ z $ est l'affixe du point $ M $.
A tout vecteur $ \vec{k} $ de coordonnées $ \left(a ; b\right) $ on associe le nombre complexe $ z=a+ib $.
On dit que $ z $ est l'affixe du vecteur $ \vec{k} $.
Propriété
- $ M $ appartient à l'axe des abscisses si et seulement si son affixe $ z $ est un nombre réel
- $ M $ appartient à l'axe des ordonnées si et seulement si son affixe $ z $ est un nombre imaginaire pur
- Deux nombres complexes conjugués ont des affixes symétriques par rapport à l'axe des abscisses
Propriété
Soient $ A $ et $ B $ deux points d'affixes respectives $ z_{A} $ et $ z_{B} $.
l'affixe du vecteur $ \overrightarrow{AB} $ est égale à :
$ z_{\overrightarrow{AB}}= z_{B} - z_{A} $l'affixe du milieu $ M $ du segment $ \left[AB\right] $ est égale à :
$ z_{M}= \dfrac{z_{A}+z_{B}}{2} $
Propriété
Soient $ \vec{w}\left(z\right) $ et $ \overrightarrow{w^{\prime}}\left(z^{\prime}\right) $ deux vecteurs du plan et $ k $ un nombre réel.
- Le vecteur $ \vec{w}+\overrightarrow{w^{\prime}} $ a pour affixe $ z+z^{\prime} $ ;
- Le vecteur $ k\vec{w} $ a pour affixe $ kz $.
5. Forme trigonométrique
Définition
Soit $ z $ un nombre complexe non nul d'image $ M $ dans le repère $ \left(O; \vec{u}, \vec{v}\right) $.
On appelle module de $ z $, et on note $ |z| $ le nombre réel positif ou nul $ |z|=\sqrt{a^{2}+b^{2}} $.
On appelle argument de $ z $ et on note $ \text{arg}\left(z\right) $ une mesure, exprimée en radians, de l'angle
$ \left(\vec{u}; \overrightarrow{OM}\right) $.
Propriétés des modules
Pour tous nombres complexes $ z $ et $ z^{\prime} $ :
- $ |z|^{2} = z\times \overline{z} $
- $ |zz^{\prime}| = |z|\times |z^{\prime}| $
- $ |\dfrac{z}{z^{\prime}}| = \dfrac{|z|}{|z^{\prime}|} $ pour $ z^{\prime}\neq 0 $
Ensemble 𝕌 des complexes de module 1
On note $ \mathbb{U} $ l'ensemble des nombres complexes de module $ 1 $ :
Géométriquement, $ \mathbb{U} $ est l'ensemble des points images situés sur le cercle de centre $ O $ et de rayon $ 1 $ (le cercle trigonométrique).
Stabilité de 𝕌
L'ensemble $ \mathbb{U} $ est stable par produit et par passage à l'inverse : si $ z $ et $ z^{\prime} $ appartiennent à $ \mathbb{U} $, alors :
- $ zz^{\prime}\in\mathbb{U} $ car $ |zz^{\prime}|=|z|\times|z^{\prime}|=1\times 1=1 $ ;
- $ \dfrac{1}{z}\in\mathbb{U} $ car $ \left|\dfrac{1}{z}\right|=\dfrac{1}{|z|}=1 $ (et $ z\neq 0 $ puisque $ |z|=1 $) ;
- $ \overline{z}\in\mathbb{U} $ car $ |\overline{z}|=|z|=1 $.
En particulier, on verra (forme exponentielle, $ \S 6 $) que tout élément de $ \mathbb{U} $ s'écrit $ e^{i\theta} $ avec $ \theta\in\mathbb{R} $.
Propriétés des arguments
Pour tous nombres complexes $ z $ et $ z^{\prime} $ non nuls et tout entier $ n\in \mathbb{Z} $ :
- $ \text{arg}\left(\overline{z}\right)= - \text{arg}\left(z\right) $
- $ \text{arg}\left(zz^{\prime}\right)=\text{arg}\left(z\right)+\text{arg}\left(z^{\prime}\right) $
- $ \text{arg}\left(z^{n}\right)=n\times \text{arg}\left(z\right) $
- $ \text{arg}\left(\dfrac{z}{z^{\prime}}\right)=\text{arg}\left(z\right) - \text{arg}\left(z^{\prime}\right) $
Remarque
En particulier :
- $ \text{arg}\left( - z\right)=\text{arg}\left(z\right)+\text{arg}\left( - 1\right) = \text{arg}\left(z\right)+\pi $
- $ \text{arg}\left(\dfrac{1}{z}\right)=\text{arg}\left(1\right) - \text{arg}\left(z\right) = - \text{arg}\left(z\right) $.
Théorème et définition
Soit $ z $ un nombre complexe non nul de module $ r $ et d'argument $ \theta $ :
Cette écriture s'appelle forme trigonométrique du nombre $ z $.
Passage de la forme algébrique à la forme trigonométrique
Soit $ z=a+ib $ un nombre complexe non nul.
- $ r=|z|=\sqrt{a^{2}+b^{2}} $
- $ \theta =\text{arg}\left(z\right) $ est défini par :
$ \cos \theta = \dfrac{a}{\sqrt{a^{2}+b^{2}}} $ et $ \sin \theta = \dfrac{b}{\sqrt{a^{2}+b^{2}}} $.
Exemple
Soit $ z=\sqrt{3}+i $.
$ |z|=\sqrt{3+1}=2 $
Si $ \theta $ est un argument de $ z $ :
$ \cos \theta =\dfrac{\sqrt{3}}{2} $ et $ \sin \theta =\dfrac{1}{2} $ donc $ \theta =\dfrac{\pi }{6} \left(\text{mod. } 2\pi \right) $
La forme trigonométrique de $ z $ est donc :
$ z=2\left(\cos \dfrac{\pi }{6} + i \sin \dfrac{\pi }{6}\right) $.
Angle de vecteurs et arguments
Soit $ A, B $ et $ C $ trois points du plan d'affixes respectives $ z_{A} $,$ z_{B} $, $ z_{C} $ avec $ A\neq B $ et $ A\neq C $ :
$ \left(\overrightarrow{AB};\overrightarrow{AC}\right)= \text{arg}\left(\dfrac{z_{C} - z_{A}}{z_{B} - z_{A}}\right) $.
Remarque
- Notez bien l'ordre des affixes (inverse de l'ordre des points dans l'écriture de l'angle).
- Premier cas particulier important :
$ A, B $ et $ C $ sont alignés
$ \phantom{A, B} \Leftrightarrow \text{arg}\left(\dfrac{z_{C} - z_{A}}{z_{B} - z_{A}}\right) = 0~\text{ou}~\pi~\left[\text{mod. } 2\pi \right] $
$ \phantom{A, B} \Leftrightarrow \dfrac{z_{C} - z_{A}}{z_{B} - z_{A}} \in \mathbb{R} $. - Second cas particulier important :
$ \widehat{BAC} $ est un angle droit
$ \phantom{A, B} \Leftrightarrow \text{arg}\left(\dfrac{z_{C} - z_{A}}{z_{B} - z_{A}}\right) = \pm \dfrac{\pi }{2} ~ \left[\text{mod. } 2\pi \right] $
$ \phantom{A, B} \Leftrightarrow \dfrac{z_{C} - z_{A}}{z_{B} - z_{A}} $ est un imaginaire pur.
6. Forme exponentielle
Notation
Si $ z $ est un nombre complexe de module $ r $ et d'argument $ \theta $, la notation exponentielle du nombre $ z $ est :
Remarque
Ce sont les propriétés des arguments :
- $ \text{arg}\left(zz^{\prime}\right)=\text{arg}\left(z\right)+\text{arg}\left(z^{\prime}\right) $
- $ \text{arg}\left(z^{n}\right)=n\times \text{arg}\left(z\right) $
- $ \text{arg}\left(\dfrac{z}{z^{\prime}}\right)=\text{arg}\left(z\right) - \text{arg}\left(z^{\prime}\right) $
similaires aux propriétés de l'exponentielle qui justifient cette notation.
Exemple
Le nombre $ - 1 $ a pour module $ 1 $ et pour argument $ \pi \left(\text{mod. } 2\pi \right) $. On peut donc écrire :
$ - 1=e^{i\pi } $ ou encore $ e^{i\pi }+1=0 $.
C'est la célèbre identité d'Euler qui relie $ 0 $, $ 1 $, $ e $, $ i $ et $ \pi $.
Les propriétés des arguments vues précédemment s'écrivent alors :
Propriété
Pour tous réels $ \theta $ et $ \theta ^{\prime} $ :
- $ e^{i\theta }\times e^{i\theta ^{\prime}}=e^{i\left(\theta +\theta ^{\prime}\right)} $
- $ \left(e^{i\theta }\right)^{n}=e^{in\theta } $
- $ \dfrac{e^{i\theta }}{e^{i\theta ^{\prime}}}=e^{i\left(\theta - \theta ^{\prime}\right)} $.
Relation fonctionnelle et formules d'addition
La première égalité, $ e^{i\left(\theta+\theta^{\prime}\right)}=e^{i\theta}\times e^{i\theta^{\prime}} $, est la relation fonctionnelle de l'exponentielle imaginaire. En l'écrivant avec la forme trigonométrique, on retrouve les formules d'addition :
Démonstration des formules d'addition
On développe le produit $ e^{i\theta}\times e^{i\theta^{\prime}} $ en remplaçant chaque facteur par sa forme trigonométrique :
$ \left(\cos\theta+i\sin\theta\right)\left(\cos\theta^{\prime}+i\sin\theta^{\prime}\right) $
$ =\left(\cos\theta\cos\theta^{\prime}-\sin\theta\sin\theta^{\prime}\right)+i\left(\sin\theta\cos\theta^{\prime}+\cos\theta\sin\theta^{\prime}\right) $
Ce produit est égal à $ e^{i\left(\theta+\theta^{\prime}\right)}=\cos\left(\theta+\theta^{\prime}\right)+i\sin\left(\theta+\theta^{\prime}\right) $. En identifiant les parties réelles et imaginaires, on obtient les deux formules d'addition.
En prenant $ \theta^{\prime}=\theta $, on en déduit les formules de duplication $ \cos\left(2\theta\right)=\cos^{2}\theta-\sin^{2}\theta $ et $ \sin\left(2\theta\right)=2\sin\theta\cos\theta $.
7. Formule de Moivre et formules d'Euler
Formule de Moivre
Pour tout réel $ \theta $ et tout entier $ n\in \mathbb{Z} $ :
Remarque
Cette formule s'obtient directement à partir de la forme exponentielle : $ \left(e^{i\theta}\right)^{n}=e^{in\theta} $.
Exemple
Pour $ \theta =\dfrac{\pi}{4} $ et $ n=4 $ :
$ \left(\cos \dfrac{\pi}{4} + i \sin \dfrac{\pi}{4}\right)^{4} = \cos \pi + i \sin \pi = -1 $.
Formules d'Euler
Pour tout réel $ \theta $ :
Remarque
Ces formules s'obtiennent en additionnant et en soustrayant les égalités $ e^{i\theta} = \cos \theta + i \sin \theta $ et $ e^{-i\theta} = \cos \theta - i \sin \theta $.
Elles permettent notamment de linéariser des polynômes trigonométriques (transformer un produit de cosinus et sinus en somme).
Linéarisation de $ \cos^2 \theta $
$ \cos^2 \theta = \left(\dfrac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}\right)^2 = \dfrac{e^{2i\theta} + 2 + e^{-2i\theta}}{4} = \dfrac{1}{2} + \dfrac{1}{2}\cos\left(2\theta\right) $.
8. Racines n-ièmes de l'unité
Racines n-ièmes de l'unité
Soit $ n $ un entier naturel non nul. On appelle racines $ n $-ièmes de l'unité les solutions dans $ \mathbb{C} $ de l'équation $ z^{n}=1 $. On note $ \mathbb{U}_{n} $ leur ensemble.
Description de 𝕌ₙ
L'équation $ z^{n}=1 $ admet exactement $ n $ solutions, qui sont les nombres complexes :
Démonstration
On cherche $ z $ sous forme exponentielle $ z=re^{i\theta} $ (toute solution est non nulle car $ 0^{n}=0\neq 1 $). Alors :
$ z^{n}=r^{n}e^{in\theta}=1=1\times e^{i\times 0} $
Par identification du module et de l'argument, $ r^{n}=1 $ donc $ r=1 $ (car $ r>0 $), et $ n\theta=0\ \left[\text{mod. }2\pi\right] $, c'est-à-dire $ \theta=\dfrac{2k\pi}{n} $ avec $ k\in\mathbb{Z} $.
Les valeurs $ k=0,1,\dots,n-1 $ donnent $ n $ arguments distincts ; au-delà, on retrouve les mêmes nombres modulo $ 2\pi $. Il y a donc exactement $ n $ solutions.
Cas n = 2, 3 et 4
- $ n=2 $ : $ z^{2}=1 $ a pour solutions $ 1 $ et $ -1 $.
- $ n=3 $ : $ z^{3}=1 $ a pour solutions $ 1 $, $ e^{i\frac{2\pi}{3}}=-\dfrac{1}{2}+\dfrac{\sqrt{3}}{2}i $ et $ e^{i\frac{4\pi}{3}}=-\dfrac{1}{2}-\dfrac{\sqrt{3}}{2}i $.
- $ n=4 $ : $ z^{4}=1 $ a pour solutions $ 1 $, $ i $, $ -1 $ et $ -i $.
Remarque
Les images des racines $ n $-ièmes de l'unité sont les sommets d'un polygone régulier à $ n $ côtés inscrit dans le cercle trigonométrique, l'un des sommets étant le point d'affixe $ 1 $. Pour $ n=3 $, on obtient un triangle équilatéral.
Somme des racines n-ièmes de l'unité
Pour $ n\geqslant 2 $, la somme des racines $ n $-ièmes de l'unité est nulle :
Démonstration
En posant $ \omega=e^{i\frac{2\pi}{n}} $, les racines sont $ 1,\omega,\omega^{2},\dots,\omega^{n-1} $ : c'est une somme géométrique de raison $ \omega\neq 1 $. Comme $ \omega^{n}=1 $ :
$ \displaystyle\sum_{k=0}^{n-1}\omega^{k}=\dfrac{\omega^{n}-1}{\omega-1}=\dfrac{1-1}{\omega-1}=0 $
9. Équations polynomiales
Factorisation de zⁿ - aⁿ
Pour tout nombre complexe $ a $ et tout entier $ n\geqslant 1 $ :
En particulier $ z=a $ est racine de $ z^{n}-a^{n} $.
Démonstration
Il suffit de développer le membre de droite : tous les termes se simplifient deux à deux par télescopage, et il ne reste que $ z^{n}-a^{n} $. On peut aussi reconnaître la somme géométrique $ \displaystyle\sum_{j=0}^{n-1}a^{j}z^{n-1-j} $ multipliée par $ \left(z-a\right) $.
Factorisation par (z - a) et nombre de racines
Soit $ P $ un polynôme de degré $ n\geqslant 1 $ à coefficients complexes.
- Si $ a $ est une racine de $ P $ (c'est-à-dire $ P(a)=0 $), alors $ P $ se factorise par $ \left(z-a\right) $ : il existe un polynôme $ Q $ de degré $ n-1 $ tel que $ P(z)=\left(z-a\right)Q(z) $.
- Un polynôme de degré $ n $ admet au plus $ n $ racines dans $ \mathbb{C} $.
Démonstration
Si $ P(a)=0 $, on écrit $ P(z)=P(z)-P(a) $. Or chaque monôme $ c_{k}z^{k} $ donne $ c_{k}\left(z^{k}-a^{k}\right) $, factorisable par $ \left(z-a\right) $ d'après la propriété précédente. En sommant, $ P(z)=\left(z-a\right)Q(z) $ avec $ \deg Q=n-1 $.
Le nombre de racines s'en déduit : chaque racine fait baisser le degré du facteur restant d'au moins $ 1 $, on ne peut donc factoriser au plus que $ n $ fois.
Équation de degré 3 à coefficients réels, une racine connue
Pour résoudre dans $ \mathbb{C} $ une équation $ az^{3}+bz^{2}+cz+d=0 $ (coefficients réels) dont on connaît une racine $ z_{0} $ :
- Factoriser le polynôme par $ \left(z-z_{0}\right) $ : $ az^{3}+bz^{2}+cz+d=\left(z-z_{0}\right)\left(\alpha z^{2}+\beta z+\gamma\right) $.
- Déterminer $ \alpha $, $ \beta $, $ \gamma $ par identification des coefficients (ou par division).
- Résoudre l'équation du second degré $ \alpha z^{2}+\beta z+\gamma=0 $.
- Réunir toutes les racines.
Exemple
Résoudre $ z^{3}-3z^{2}+4z-2=0 $, sachant que $ z_{0}=1 $ est une racine évidente ($ 1-3+4-2=0 $).
On factorise par $ \left(z-1\right) $ : $ z^{3}-3z^{2}+4z-2=\left(z-1\right)\left(z^{2}-2z+2\right) $ (identification : le coefficient dominant est $ 1 $, le terme constant $ -1\times 2=-2 $).
On résout $ z^{2}-2z+2=0 $ : $ \Delta=4-8=-4<0 $, d'où $ z=\dfrac{2\pm 2i}{2}=1\pm i $.
L'ensemble des solutions est $ \mathcal{S}=\left\{1\,;\,1-i\,;\,1+i\right\} $.
Les questions essentielles
1. Comment mettre un nombre complexe sous forme algébrique ?
Effectuer les calculs en remplaçant $ i^{2} $ par $ -1 $ ; pour un quotient, multiplier le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur afin d'obtenir un dénominateur réel.
Voir la fiche méthode : Mettre un nombre complexe sous forme algébrique
2. Comment calculer le conjugué et l'utiliser ?
Le conjugué de $ z=a+ib $ est $ \overline{z}=a-ib $. Il sert notamment à démontrer qu'un complexe est réel ($ z=\overline{z} $) ou imaginaire pur ($ z=-\overline{z} $).
Voir la fiche méthode : Calculer et utiliser le conjugué d'un nombre complexe
3. Comment résoudre une équation du second degré dans $ \mathbb{C} $ ?
Calculer le discriminant $ \Delta=b^{2}-4ac $ ; si $ \Delta<0 $, l'équation admet deux racines complexes conjuguées $ z=\dfrac{-b\pm i\sqrt{-\Delta}}{2a} $.
Voir la fiche méthode : Résoudre une équation du second degré dans ℂ
4. Comment calculer le module et un argument ?
Le module est $ |z|=\sqrt{a^{2}+b^{2}} $. L'argument $ \theta $ vérifie $ \cos\theta=a/|z| $ et $ \sin\theta=b/|z| $ ; les deux valeurs identifient un angle remarquable unique modulo $ 2\pi $.
Voir la fiche méthode : Calculer le module et un argument d'un nombre complexe
5. Comment passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique ou exponentielle ?
Calculer le module $ r $, factoriser $ z $ par $ r $ pour faire apparaître $ \cos\theta+i\sin\theta $, puis identifier l'angle $ \theta $.
Voir la fiche méthode : Passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique ou exponentielle
6. Comment calculer un produit, un quotient ou une puissance avec la forme exponentielle ?
Sur la forme $ re^{i\theta} $ : produit = produit des modules et somme des arguments ; quotient = quotient des modules et différence des arguments ; puissance = formule de Moivre $ \left(re^{i\theta}\right)^{n}=r^{n}e^{in\theta} $.
Voir la fiche méthode : Effectuer des calculs avec la forme exponentielle
7. Comment linéariser une expression trigonométrique ?
Remplacer cosinus et sinus par les formules d'Euler, développer avec la formule du binôme, puis regrouper les paires conjuguées $ e^{ik\theta}\pm e^{-ik\theta} $ pour reconstituer des $ \cos\left(k\theta\right) $ et $ \sin\left(k\theta\right) $.
Voir la fiche méthode : Linéariser une expression trigonométrique avec les formules d'Euler